Création dentreprises année 2004 record

La Tribune - édition du 25/01/2005

Le taux d'échec économique est inférieur de 14 points au taux habituellement présenté, selon une étude du ministère des PME. Sur 100 entreprises créées, 48 sont toujours en vie cinq ans après leur naissance, selon le ministère des PME. Mais parmi les 38 fermetures comptabilisées, 4 correspondent à une évolution jugée favorable par les créateurs et 10 ont fermé pour des causes non économiques.

Le goût d'entreprendre vient aux Français

Le goût d'entreprendre serait en passe de s'imposer comme une vertu cardinale des Français. L'Insee publie ce matin les chiffres des créations d'entreprises pour l'année écoulée : en 2004, 226.000 personnes ont monté leur propre société. C'est une nouvelle année record, après le bond à 200.000 enregistré en 2003.

Pour avoir un panorama complet, il faut ajouter aux 226.000 créations enregistrées l'an dernier, les reprises et les réactivations d'entreprises. Cette addition permet d'obtenir un total de 320.000 nouveaux chefs d'entreprises en 2004.

Ces chiffres attestent de la rupture intervenue après 2002. Jusqu'à cette date en France, il naissait chaque année en France en moyenne entre 170.000 et 180.000 entreprises. Avec l'engagement du candidat Jacques Chirac de faciliter la création d'un million d'entreprises supplémentaires durant son mandat, le gouvernement s'est lancé dans une intense politique de soutien à la figure du créateur d'entreprise. Cette offensive s'est traduite au Parlement par l'adoption durant l'été 2003 de la loi Dutreil sur l'initiative économique.

Ce texte, qui laisse libres les sociétaires de choisir le montant du capital social de leur entreprise et vise également à simplifier les formalités administratives de domiciliation et de création de l'entreprise, a atteint certains de ses objectifs. Ainsi, selon les éléments fournis par l'Insee et l'APCE, la création d'entreprise sous forme de société est devenue plus importante en 2004 et près de six créateurs sur 10 ont démarré avec un investissement propre de moins de 8.000 euros. Le président de l'ACFCI (Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie) considère néanmoins que "plus que les textes", c'est le changement dans le discours qui a été décisif dans la nou- velle relation que semblent entretenir les Français avec l'entreprise. "Depuis deux ou trois ans, nous avons un gouvernement qui dit que la création d'entreprise relève de l'intérêt général", analyse Jean-François Bernardin.

Même si les chiffres délivrés par l'Insee montrent un léger tassement de la progression des créations d'entreprises ces derniers mois, le président de l'ACFCI se montre serein. "Il n'est pas exclu que la conjoncture internationale, et notamment les changes, ait joué négativement. Mais ce qui compte, c'est la tendance et, de ce point de vue, c'est encourageant même si la France est un pays qui n'a pas fait toute sa révolution." Il n'est pas non plus inconcevable qu'après deux ans de très forte croissance (+ 26 %), le rythme baisse pour revenir progressivement vers des hausses comprises entre 3 % et 5 %, qui seraient encore très honorables et plus en rapport avec la croissance de l'économie française.

Même bons, les chiffres de 2004 sont à comparer aux 465.000 créations d'entreprises enregistrées en Grande-Bretagne, les 354.000 en Italie ou les 340.700 en Espagne. La France demeure donc à la traîne en Europe sur ces questions.

Nombreux projets.

L'APCE (Agence pour la création d'entreprise) relève néanmoins des raisons d'espérer. Selon une étude menée dans cinq pays européens (Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie), un quart des Français interrogés, soit 11,5 millions de personnes, déclarent avoir envie de créer une entreprise ou de se mettre à leur compte. Seule la Grande-Bretagne fait mieux avec 28 %. Par ailleurs, cette enquête montre également une explosion du nombre de personnes ayant un projet précis de démarrage d'activité dans les deux ans qui viennent. "Ce taux passe de 4,5 % en 2003 à 5,3 % en 2004, soit 2,4 millions de personnes."

Le directeur général de l'APCE, François Hurel, note que la mission de son agence est de "réduire l'écart" entre intentions et réalisations. Le gouvernement, via la future loi Jacob, va faire porter son effort sur la pérennité de ces nouvelles entreprises.

Anne Eveno

 

Les statistiques sous-estimeraient le taux de survie des entreprises

Le taux d'échec économique est inférieur de 14 points au taux habituellement présenté, selon une étude du ministère des PME. Les problèmes d'ordre financier sont avancés par 40 % des créateurs déchus.

Voilà une étude qui intéressera tous ceux qui caressent des velléités de création d'entreprise. Réalisée par le ministère des PME et publiée aujourd'hui, elle tend à relativiser l'assertion selon laquelle la moitié (52 %) des entreprises nouvellement créées périclitent après cinq années d'existence. La réalité, révèle l'étude, est plus complexe. Certes, sur le plan statistique, entre 200.000 et 250.000 entreprises disparaissent chaque année des registres officiels.

Ce qui relativise le nombre des créations ex nilhilo qui a atteint 226.000 en 2004 (lire ci-dessous). Mais ce que disent les statistiques ne reflète que grossièrement la réalité économique. C'est précisément ce que veut signifier cette étude qui est par ailleurs opportunément publiée le jour de l'ouverture de la 12e édition du Salon des entrepreneurs et de la Semaine de l'entrepreneur au Sénat.

L'étude, qui s'est appuyée sur l'analyse de 1.350 cas, révèle que, sur 100 entreprises créées en 1998, 52 d'entre elles avaient fermé leur porte cinq ans plus tard. Un taux de mortalité en ligne avec la "tradition" statistique. Sauf qu'à y regarder de plus près "toutes ces situations ne se traduisent pas par un échec de nature économique", nuancent les auteurs. En effet, sur ces 52 disparitions, 4 correspondent à "des évolutions jugées favorables par le créateur". En clair, l'entrepreneur a créé une autre entreprise sur les bases de son ancienne société, l'a restructurée ou en a transformé les statuts juridiques ou encore est parti à la retraite et en a confié les rênes à une autre personne.

Des changements qui apparaissent dans les statistiques officielles comme autant de fermetures. Mais qui ne sont en définitive que des évolutions positives. Toujours parmi ces 52 "fermetures", une dizaine sont effectivement des dépôts de bilan, mais "sans lien avec les difficultés économiques habituelles des jeunes entreprises". Ce sont essentiellement des problèmes de santé (pour 40 % des cas) qui ont poussé le créateur à jeter l'éponge. Mais une grande part de ces fermetures (32 %) est aussi de nature administrative : les entreprises n'ont été créées que pour donner un cadre fiscal ou social à des opérations ponctuelles qui prennent fin et entraînent la cessation d'activité.

Restent les 38 dernières disparitions, qui peuvent être qualifiées de véritables dépôts de bilan suivis de liquidations judiciaires. Ces abandons d'activité le sont en effet des suites de difficultés économiques auxquelles le chef d'entreprise n'a su, ou pu, répondre à temps.

Au total donc, sur 100 entreprises créées ex nihilo, 48 sont toujours en activité cinq ans après leur naissance et 38 ont fermé pour des raisons économiques. Les 14 restantes correspondent soit à des évolutions favorables soit à des difficultés individuelles sans relations avec la santé économique de l'entreprise. "Le taux d'échec économique [38 %] est donc inférieur de 14 points au taux habituellement présenté [52 %]", conclut l'étude, dont un second volet s'intéresse aux causes qui ont poussé les créateurs à cesser leur activité.

Les problèmes d'ordre financier sont avancés par 40 % des créateurs déchus. Revenus trop faibles, marges trop étroites, rentabilité insuffisante, absence de fonds propres, impayés et défaillance de clients sont le plus souvent invoqués dans cette catégorie de difficultés. Les problèmes de marché et de clientèle viennent ensuite : difficulté de se constituer une clientèle, chiffre d'affaires insuffisant, concurrence trop forte sont invoqués par 27 % des ex-entrepreneurs.

Les problèmes de gestion - manque de soutien, de conseil, méconnaissance... - sont avancés par 18 % des chefs d'entreprise pour expliquer leur cessation d'activité. Enfin, 15 % invoquent les "problèmes de personne [difficultés d'ordre personnel, surcharge de travail, santé...]" pour expliquer leur échec.

L'étude conclut sur une note plutôt positive... Dix-huit mois après la fermeture de leur société, 28 % des créateurs sont toujours sans activité, relève-t-elle. Ce qui signifie que les 72 % restants ont su rebondir.

Rémy Janin